Procès du RN Marine Le Pen de retour à la barre pour son dernier interrogatoire

AFP

5.11.2024

Marine Le Pen est de retour à la barre, cette fois en tant qu'ancienne cheffe du Front national. Après un mois de procès, elle doit s'expliquer mardi lors d'un dernier interrogatoire sur le «système» mis en place, selon l'accusation, pour rémunérer des salariés du parti avec l'argent du Parlement européen.

Marine Le Pen, qui encourt une peine de prison, une grosse amende et surtout une peine d'inéligibilité pouvant entraver ses ambitions présidentielles, devrait notamment être interrogée sur deux réunions à l'été 2014, à Bruxelles puis à Strasbourg (archives).
Marine Le Pen, qui encourt une peine de prison, une grosse amende et surtout une peine d'inéligibilité pouvant entraver ses ambitions présidentielles, devrait notamment être interrogée sur deux réunions à l'été 2014, à Bruxelles puis à Strasbourg (archives).
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A l'ouverture de l'audience vers 14H00, la cheffe de file de l'extrême droite, costume noir et bottines, s'est installée comme à son habitude au premier rang pour écouter la suite de l'interrogatoire de son co-prévenu Wallerand de Saint-Just. Le sien commencera plus tard dans l'après-midi.

Interrogatoire après interrogatoire, contrat par contrat, le tribunal correctionnel de Paris dissèque depuis le 30 septembre ce fameux «système» - le mot met Marine Le Pen hors d'elle - qui aurait permis au Rassemblement national (ex-FN) de «soulager les finances» du parti entre 2004 et 2016.

Selon l'accusation, le FN utilisait les enveloppes (21.000 euros par mois) auxquelles les eurodéputés avaient le droit, pour payer des assistants parlementaires «fictifs» travaillant en réalité pour le parti.

Pendant son premier interrogatoire mi-octobre, Mme Le Pen a juré que les assistants parlementaires qu'elle avait embauchés en tant que députée européenne avaient bien travaillé pour elle, répétant n'avoir rien commis d'"illégal" - comme les huit autres ex-eurodéputés frontistes et douze de leurs assistants parlementaires, jugés à ses côtés pour détournement de fonds publics et recel de ce délit.

La triple candidate à la présidentielle va désormais être interrogée sous sa deuxième «casquette», présidente du parti, dont elle avait pris la tête après son père Jean-Marie Le Pen en 2011, pour répondre cette fois de complicité de détournement de fonds publics.

Celle qui était «l'une des principales responsables du système», selon les enquêteurs, a pour l'heure soutenu à la barre avoir «suggéré» - mais «jamais imposé» - d'assistant parlementaire à personne.

«Marine sait tout cela...»

De loin la plus assidue aux audiences - elle y était jusqu'à 22H45 lundi soir - Marine Le Pen y ronge son frein, commentant de «ridicules», «lunaires» les questions des magistrats à chacun des prévenus sur ces mails demandant de «déplacer», «transférer» tel assistant parlementaire «sur» tel eurodéputé, pour «vider» les enveloppes de chaque député.

«Moi j'analyse un budget, je ne sais pas qui sont les assistants parlementaires et ce qu'ils font. Si ma patronne me dit de faire quelque chose...», disait lundi Charles Van Houtte, «cheville ouvrière» du «système de gestion centralisé» selon l'accusation.

Marine Le Pen, qui encourt une peine de prison, une grosse amende et surtout une peine d'inéligibilité pouvant entraver ses ambitions présidentielles, devrait notamment être interrogée sur deux réunions à l'été 2014, à Bruxelles puis à Strasbourg. Elle y aurait selon plusieurs témoignages annoncé aux nouveaux députés européens qu'ils n'auraient le droit qu'à un seul assistant parlementaire, et que le reste de leur enveloppe serait pour le Front national.

«Ce que Marine (Le Pen) nous demande équivaut à ce qu'on signe pour des emplois fictifs», écrivait peu après un eurodéputé réfractaire au trésorier du parti, Wallerand de Saint-Just.

«Je comprends les raisons de Marine, mais on va se faire allumer car on regardera, c'est sûr, nos utilisations à la loupe avec un groupe si important» (23 députés contre 3 auparavant), notait-il aussi.

«Je crois bien que Marine sait tout cela...», avait répondu Wallerand de Saint-Just.

«Quelles sont vos observations sur ce mail?», lui a demandé lundi en commençant à l'interroger la présidente Bénédicte de Perthuis. «Je me dis +qu'est-ce que c'est que cette histoire, qu'est-ce qu'il me raconte. Je lui réponds sept mots qui sont en fait la démonstration - je vais être grossier - qu'il m'emmerde, et que je l'envoie balader», a expliqué l'ex-avocat historique du parti, sous l'oeil dubitatif du tribunal.

«Vous n'êtes pas obligés de me croire mais je suis persuadé que jamais Marine Le Pen n'aurait proposé quelque chose d'illégal aux députés qui viennent d'être d'élus».

Quelques jours avant cet échange de mails, il avait écrit à sa cheffe, pour l'alerter sur les dépenses qui avaient tendance «à déraper». Et prévenu: «nous nous en sortirons que si nous faisons des économies grâce au Parlement européen».