Dix ans de bluffUn professeur français soupçonné d'une gigantesque supercherie
Barman Nicolas
24.2.2026
Il se vante depuis dix ans d'avoir obtenu une «médaille d'or» de philologie, récompense internationale qu'il a vraisemblablement créée de toutes pièces: un professeur de lettres franc-comtois est désormais soupçonné par la justice française d'une «gigantesque supercherie».
Après un signalement à la justice de l'université Pasteur en 2025, l'enquête a permis de constater qu'il n'existait pas de médaille d'or de philologie reconnue internationalement, et que la soi-disant société internationale ne reposait que sur un site internet «minimaliste». (Image d'illustration)
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Agence France-Presse
24.02.2026, 16:05
Barman Nicolas
Le procureur de Montbéliard, Paul-Édouard Lallois, a indiqué mardi avoir ouvert une enquête pour faux, usage de faux, escroquerie et usurpation de titre à l'encontre de Florent Montaclair, né en 1970.
La «Médaille d'or de philologie»
Enseignant du secondaire depuis 25 ans à l'institut de formation des professeurs (Inspé), rattaché à l'université Marie-et-Louis-Pasteur de Besançon, l'intéressé s'était prévalu en 2016 de la «Médaille d'or de philologie», décernée par la «Société internationale de philologie» et présentée comme «équivalent du prix Nobel» dans cette science du langage.
Selon des images retrouvées par le quotidien régional L'Est républicain, qui lui a consacré une longue enquête, il s'était fait remettre cette médaille par le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, au Palais-Bourbon, en présence de plusieurs scientifiques de renom.
Après que la vraie-fausse distinction a également été décernée à un philologue de Bucarest, Eugen Simion, des journalistes roumains ont été les premiers, en 2019, à douter publiquement de la réalité de ce prix.
Une supercherie créée par l'enseignant
Sur le site Internet de la «Société internationale de philologie», la liste des récipiendaires comprend l'écrivain italien Umberto Eco ou le linguiste américain Noam Chomsky. Ce dernier - le seul encore vivant avec Florent Montaclair - avait affirmé aux journalistes roumains ne pas se souvenir avoir reçu la breloque.
Sur ce site, le nom d'un des supposés lauréats comporte en outre une faute de frappe : le linguiste allemand Hans Helmut Christmann, orthographié «Christvann».
Après un signalement à la justice de l'université Pasteur en 2025, l'enquête a permis de constater qu'il n'existait pas de médaille d'or de philologie reconnue internationalement, et que la soi-disant société internationale ne reposait que sur un site internet «minimaliste».
D'où l'hypothèse, aujourd'hui privilégiée par la justice, d'une «véritable supercherie à une échelle internationale créée par cet enseignant», comme le résume Paul-Édouard Lallois.
Pour 250 euros, il commande la médaille auprès d'un joaillier
Placé en garde à vue et interrogé, Florent Montaclair a livré des explications «assez alambiquées» et parfois contradictoires.
Il a reconnu avoir lui-même commandé la médaille auprès d'un joaillier français, moyennant 250 euros, et l'avoir fait livrer à une association culturelle de Besançon... domiciliée chez ses parents.
Mais il a contesté la qualification pénale de faux, affirmant que «pour qu'il y ait un faux, il faut qu'il y ait un vrai de référence», et que créer une médaille sans valeur n'avait rien d'illégal, a rapporté le procureur. Et il a nié avoir lui-même fait le parallèle avec le prix Nobel.
L'escroquerie pourra en revanche être caractérisée «si la médaille a eu une incidence sur son parcours professionnel», a prévenu le procureur.
Un soi-disant doctorat obtenu en 2015
À ce stade, le seul bénéfice qu'il en a tiré avec certitude est de s'être fait remettre la (vraie) médaille d'honneur de la ville de Montbéliard.
Mais, plus grave, l'enquête vise également un soi-disant doctorat qu'il aurait obtenu en 2015 à la prétendue Université de Philologie et éducation de Lewes, dans le Delaware (nord-est des États-Unis), un établissement à l'existence douteuse, qui hébergerait la société internationale de philologie.
En 2018, le ministère de l'Enseignement supérieur avait refusé d'homologuer ce diplôme que Florent Montaclair avait joint à son dossier pour tenter de devenir professeur universitaire. Une procédure judiciaire avait été ouverte à l'époque, mais elle s'était embourbée, selon le procureur.
M. Montaclair n'a pas fourni «les éléments justificatifs permettant d'étayer ses déclarations», et de ce fait l'université Pasteur a indiqué avoir pris à son encontre une sanction disciplinaire - sans en dévoiler la nature - pour «manquement présumé aux obligations déontologiques et aux principes d'intégrité scientifique applicables aux agents publics».
Une affaire «un peu croquignolesque»
L'avocat du professeur, Jean-Baptiste Euvrard, s'est borné à indiquer qu'"en l'état, M. Montaclair n'est poursuivi de rien. Il n'est ni prévenu ni mis en examen", sans se prononcer sur le fond de cette affaire «un peu croquignolesque». Son client, a-t-il ajouté, entend contester la sanction disciplinaire.
Les infractions qui lui sont reprochées par le parquet sont passibles au maximum de cinq ans d'emprisonnement.