Stefan Ivanovic «Je suis fier d'être le fils de, mais ce serait génial qu'un jour on dise c'est le papa de»

Clara Francey

31.1.2025

Après avoir entraîné pendant trois ans le BBC Nyon, Stefan Ivanovic s'est lancé dans une nouvelle et trépidante aventure l'été dernier. Le Monténégrin de 38 ans s'est en effet engagé avec le Paris Basketball, qui vit sa première saison en Euroligue. Pour blue Sport, le fils de l'illustre Dusko revient sur ses premiers mois en tant que coach assistant dans la capitale française.

Stefan Ivanovic est entraîneur-assistant au Paris Basketball (archives).
Stefan Ivanovic est entraîneur-assistant au Paris Basketball (archives).
KEYSTONE

Clara Francey

Créé en 2018, le Paris Basketball a connu une ascension fulgurante pour replacer la capitale sur la carte du basket français, et même européen. En l'espace de seulement six saisons, le club parisien est en effet passé de l'antichambre du basket français, la Pro B, à l'Euroligue, laquelle est au ballon orange ce que la Ligue des champions est au football.

L'été dernier, Stefan Ivanovic quittait le BBC Nyon et le championnat suisse pour rejoindre le jeune et ambitieux club français en qualité de coach assistant. Six mois après avoir posé ses valises à Paris, le Monténégrin, à l'aube d'une carrière d'entraîneur qu'il espère aussi prolifique que celle de son paternel, se confie à blue Sport. Interview.


Stefan Ivanovic, après huit ans au club, cinq en tant que joueur et trois en tant qu'entraîneur, vous annonciez au printemps dernier quitter le BBC Nyon. Qu'est-ce qui a motivé cette décision de ne pas poursuivre l'aventure avec votre club de cœur ?

«Souvent, quand un coach a fait trois ans à la tête d'une équipe, on dit qu'il arrive à la fin d'un cycle. J'ai eu une super expérience à Nyon, tant comme joueur que comme entraîneur. Mais je crois que dans le but de progresser, de me développer, il fallait que je fasse ce pas en avant et que je change de club, et même idéalement de pays.»

Ce qui a été le cas puisque quelques mois après, nous apprenions que vous intégriez le staff du Paris Basketball. Est-ce que la situation précaire du basket en Suisse a joué un rôle dans votre décision d'aller voir ailleurs ?

«Un petit peu. C'est sûr que la situation n'est pas évidente en Suisse. Il y a encore beaucoup de choses à développer et à améliorer. Il y a quand même de bonnes équipes et de très bons matches, mais il est vrai qu'on ne peut pas en dire autant de la visibilité et de la réputation. En définitive, c'était le bon moment pour faire le saut vers l'étranger, vers un championnat mieux côté. J'ai finalement eu une chance incroyable puisque c'est un sacré bond que j'ai fait.»

Comment les contacts se sont faits avec le club de la capitale française ?

«C'est exclusivement grâce à Tiago (Splitter, le coach du Paris Basket) que je suis à Paris. On se connaît depuis qu'on est jeunes. On était ensemble à Vitoria, au Pays basque, quand on avait 14-15 ans. Ça faisait des années que nous n'avions pas eu contact, mais quand il a obtenu le poste je l'ai félicité et on a un peu parlé. Je lui ai dit que s'il avait besoin d'un coup de main supplémentaire, je serais ravi de venir à Paris et il m'a appelé le soir même. On a bien discuté et il m'a dit : ‹Écoute, les assistants de l'année passée restent en place, j'en ai un autre qui arrive, mais je t'avoue que si on peut en rajouter encore un, comme on va jouer l'Euroligue, ça serait idéal›. Et quelques jours après je signais le contrat. Des fois il faut y aller au culot.»

Gardez-vous malgré tout un œil sur le championnat suisse et plus particulièrement les résultats du BBC Nyon ?

«Oui, bien sûr que je les suis. Surtout quand je compare le nombre de matches que nous avons ici à Paris avec le nombre de matches qu'ils ont eux, les résultats de Nyon sont faciles à suivre (rires).»

Le Paris Basket c'est un budget 30x plus élevé que celui de Nyon, c'est 10x plus de spectateurs que Nyon, ce sont des installations grand luxe, c'est avec l'ASVEL et Monaco l'un des trois représentants français dans la plus prestigieuse compétition européenne... En arrivant dans ce nouvel univers, qu'est-ce qui vous a le plus impressionné ?

«C'est vrai qu'entre Nyon et Paris, le saut était immense. Le niveau à l'entraînement comme en matches est différent, les affluences devant lesquelles on joue sont bien plus élevées, on a par exemple joué il y a quelques jours à Belgrade contre l'Étoile rouge devant 20'000 personnes, et j'en passe, mais finalement malgré ces grosses différences, ça reste du basket et il y a pas mal de similitudes.»

A Paris, vous êtes l'un des quatre (!) assistants de Tiago Splitter, un ancien coéquipier de Thabo Sefolosha en NBA. Comment sont répartis les rôles et quel est le vôtre exactement ?

«Tiago a ramené ici la méthode américaine, la méthode NBA, qu'il a connue quand lui était assistant (aux Nets) et qui n'est pas très souvent utilisée en Europe. L'idée, c'est que les assistants ne se répartissent pas l'attaque, la défense, etc., mais les adversaires de l'équipe. Étant donné que nous avons 32 adversaires cette saison (17 en Euroligue et 15 en championnat), chaque assistant a huit équipes qui sont à lui et quand on joue contre une de ses équipes, c'est lui qui fait tout. Moi par exemple je m'occupe entre autres du Baskonia Vitoria, du Zalgiris Kaunas et de l'ASVEL. C'est beaucoup de travail et de responsabilités, mais pour nous c'est incroyable, car on prépare un match de A à Z.»

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Pour ses débuts en Euroligue, le Paris Basket a vécu un automne fou avec notamment une incroyable série de 14 victoires d'affilée, dont 10 sur la scène européenne. Quel est jusqu'à présent votre meilleur souvenir avec le club de la capitale française ?

«Je dirais le premier match qu'on gagne tout court en Euroligue, contre le Panathinaïkós. C'était incroyable. On les bat alors qu'ils étaient clairement les favoris et en plus on le fait dans une Accor Arena de Bercy pleine à craquer alors qu'on joue normalement à l'Adidas Arena (qui est plus petite). C'est un souvenir vraiment spécial, car je crois que personne ne s'y attendait. Cette victoire a servi de déclic, on s'est dit : ‹Attends, on a quand même battu les champions d'Europe, ce n'est pas rien›.

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Et puis il y a aussi la première victoire qu'on décroche en Euroligue à l'extérieur, contre Monaco. A partir de là, on a compris qu'on pouvait même battre des équipes incroyables à l'extérieur et on a commencé à enchaîner.»

Stefan Ivanovic, Tiago Splitter (de face) et le Paris Basket célèbrent leur victoire à Monaco (80-87).
Stefan Ivanovic, Tiago Splitter (de face) et le Paris Basket célèbrent leur victoire à Monaco (80-87).
IMAGO/PanoramiC

Il y a deux semaines, vous receviez à l'Adidas Arena le Maccabi Tel Aviv pour le compte de la 21e journée d'Euroligue et en raison de la situation au Proche-Orient, six cents membres des forces de l'ordre avaient été déployés pour l'occasion. Un dispositif inédit pour un match de basket en France… L'atmosphère était-elle particulière ?

«On essaye de ne pas trop se mêler de la politique, de se focaliser sur nos objectifs, mais l'ambiance était particulière...ment bizarre, oui. Beaucoup de police, peu de public et une odeur désagréable qui flottait dans la salle pendant tout le match (ndlr : de nombreux supporters de Paris avaient boycotté la rencontre, mais certains spectateurs présents avaient ramené des bombes puantes). Mais on a gagné, donc c'est le plus important.»

En parlant de calendrier, vous affronterez dans quelques jours en Euroligue la Virtus Bologne, dirigée depuis quelques semaines par un certain Dusko Ivanovic… votre papa. Comment appréhendez-vous ce match ?

Dusko Ivanovic, joueur exceptionnel devenu coach de renom
BASKET - Euroleague - Segafredo Virtus Bologna vs Baskonia Vitoria-Gasteiz Dusko Ivanovic head coach of Bologna during the basketball Turkish Airlines Euroleague match between Virtus Segafredo Bologna and Baskonia Vitoria-Gasteiz at Segafredo Arena, Bologna, Italy, January 10, 2025 - photo: Michele Nucci Bologna Italy PUBLICATIONxNOTxINxFRAxUK Copyright: xIPAxSport/ABACAx
IMAGO

Depuis que Dusko Ivanovic a lancé sa carrière d'entraîneur à Fribourg à la fin des années 90, après une fantastique carrière de joueur qui l'a notamment vu être sacré deux années de suite champion d'Europe avec l'équipe croate de Split, le Monténégrin a dirigé des équipes prestigieuses comme Barcelone, le Panathinaïkos, Vitoria, ou plus récemment l'Étoile Rouge de Belgrade. A son palmarès de coach figurent notamment les titres de champion de Suisse, de France et d'Espagne. A 67 ans, l'ancien sélectionneur de l'équipe de Suisse est aujourd'hui à la tête de la Virtus Bologne.

«Ah bah d'ailleurs, au vu de la situation, c'est devenu un de mes scouts (rires). Ce n'était pas prévu, mais ils m'ont dit : ‹Écoute, on va aussi te le donner celui-là car tu dois plutôt bien le connaître ce coach›. Bien sûr que je me réjouis de ce match. Après je dois avouer que là quand je regarde leurs matches je me dis que c'est super, ils gagnent, jouent bien, dur. Je suis content pour mon père. Et puis après, je réalise qu'on les joue bientôt et je me dis que ça va être un match compliqué. Mais je me réjouis car il y a de la famille qui va venir nous voir. Après, mon père et moi on n'a discuté d'aucun détail. Ce jour-là, on sera adversaires. Point.»

Quel rôle occupe votre papa, entraîneur de renom en Europe, dans votre carrière de coach ?

«Il a toujours été mon idole, mon modèle à suivre, que ce soit comme joueur ou comme coach. Depuis que je suis entraîneur, il est mon meilleur consultant, assistant, je ne sais pas trop comment le nommer. Il a toujours été présent pour m'écouter, me donner des conseils, pour m'écouter, pour me donner des exemples de situations que lui il a vécues et comment il les a gérées... Il m'a toujours dit : ‹C'est un métier très dur›. Mais c'est pour ça qu'on l'aime.»

Être le «fils de», comment on le vit ?

«Ça a toujours été comme ça donc j'ai envie de dire que je m'y suis habitué. Pour moi, c'est normal. Mais ma femme me dit souvent quelque chose de mignon. Elle me dit : ‹Tu verras, un jour ils vont arrêter de dire le fils de, ils vont dire c'est le papa de›. Ça serait génial et on serait tous contents de ça, mais ça va être difficile de le dépasser. Pour le moment, je continue de bosser, de faire mon chemin, et on verra. De toute façon je suis le fils de, j'en suis fier et il n'y a pas de soucis. Il m'a proposé à quelques reprises de travailler avec lui, mais je ne pense pas que ce soit la bonne manière de faire mon trou dans ce milieu et spécialement en Euroligue. Je me suis toujours dit que c'était mieux de ne pas mélanger, mais on verra... Qui sait.»

En parlant de famille… Entre le championnat (Betclic Elite) et l'Euroligue, vous avez des matches pratiquement tous les trois jours : comment est-ce qu'on garde une vie de famille à côté ?

«J'ai une petite famille, une petite femme incroyable qui m'a suivie à Paris avec notre fils, qui a un an et demi. Elle a profité de l'occasion pour mettre sa carrière sur pause et passer plus de temps avec notre fils. Ce soutien de la famille, c'est primordial. J'arrive à passer pas mal de temps avec eux quand on n'a pas de déplacement dans la semaine car on a généralement un entraînement par jour. On commence tôt le matin avec des réunions, ensuite on a l'entraînement, ce qui fait qu'en début d'après-midi, je suis déjà à la maison. Et après, si je dois travailler en plus, ce qui est souvent le cas, j'essaie de le faire tard le soir, après-dîner.»

Pour finir, qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter pour la suite ?

«J'espère qu'on continue sur notre lancée en jouant comme on l'a fait jusqu'à présent, en étant intrépides, et que la chance nous suive un peu.»

À l'heure où nous écrivons ces lignes, le Paris Basketball pointe au 4e rang du classement d'Euroligue après 23 journées et au 2e de celui de Betclic Elite après 17 journées.